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15.04.2012

Ampleur du pardon

J'allais dans ma paroisse ce vendredi saint entre 17 et 19h, il était annoncé qu'il y aurait temps de réconciliation.

Mais le curé s'était retité, faute de monde.

La sacristine, qui me voit me dit reste ici, je vais l'appeler lui dire de venir.

Je lui dis laisse le tranquille, ce n'est pas grave. Elle insiste, je laisse faire. Je retourne m'asseoir dans le silence de l'église vide, en dehors de trois ou quatre personnes recueillies.

Le curé arrive.

Nous nous retirons dans l'espace anciennement réservé au bapristère. Nous nous entretenons. Le sacré est à peine présent entre nous, mais c'est bien ainsi. Le sacré est caché et rare. Il est précieux.

Je lui confie que j'ai peu que j'aperçois dans ma petite histoire à faire pardonner. Je lui confie l'une ou l'autre de mes petites ladreries. Je lui dis surtout que Dieu qui voit tout m'entend bien et quoi que je dise Il me pardonnera. Je lui dis à quel point je suis certain que le chameau, le dromadaire, l'éléphant de péchés que je suis, passera par le chas de l'aiguille, non pas parce que je le veux, mais parce qu'Il veut qu e j'entre dans le royaume des cieux.

Après m'avoir entendu, nous nous recueillions et il me dit va en paix, tes péchés te sont remis.

C'est ainsi sans doute: la résurrection est inconcevable pour notre esprit heureusement borné, et pourtant elle est la seule réalité de notre vie.

Rembrandt_Harmensz._van_Rijn_-_The_Return_of_the_Prodigal_Son.jpg

Cette peinture est toute entière le signe du pardon.

Le pardon et l'amour qui lui est consubstantiel forment ensemble le socle de toute société durable.

01.04.2012

Don Giovani - le refus du pardon: le monde d'aujourd'hui

IL est si difficile de croire qu'il soit possible de se faire pardonner.

Et pourtant, est-il possible de vivre sans pardon?

Non.

Un très bel exemple est donné par cette scène mémorable du Don Juan de Mozart:

(cliquer sur le petit rectangle en bas à droite de l'image pour avoir une image pluls grande et pouvoir lire les sous-titres)

Don Giovani a, par bravade, invité la statue du commandeur (père d'une de ses victimes qu'il a tué une nuit qu'ils 'était fait surprendre). La statue du commandeur vient chez lui.

"A cenar teco m'invitasti et son venuto" dit le commandeur à Don Giovani.

"Da mi la mano in pegno" ("donne moi la main en gage") lui demande ensuite le commandeur. Don Juan n'hésite pas un instant. Il donne sa main. Il est franc, c'est le moins qu'on puisse dire.

Le commandeur lui donne alors l'injonction "Penti ti!" ("Repens-toi!"). Don Juan répond "No". Trois fois la question lui est posée. Trois fois il répond négativement.

 Le pardon qui est toujours à portée de main.

C'est ça la vie! Accepter d'être pardonné, chercher le pardon par le sacrement de réconciliation et poursuivre sa vie, généreusement, c'est ça une vie accomplie.

Cela demande un bon sens de la responsabilité, un sentiment que nous vivons ensemble, et pas de façon isolée.

Cela demande une humble volonté de s'améliorer, tant que c'est possible pendant notre séjour sur cette terre.

C'est si agréable en fin de compte, pourquoi se le refuser?

15.03.2012

Musique baroque

14.01.2012

Christian de Duve, De Jésus à Jésus ... en passant par Darwin


Remarquable petit ouvrage, d'une grande honnèteté.

Ce qui intrigue, comme souvent à la lecture d'hommes et de femmes entièrement dévoués à leur science, c'est leur grande difficulté à faire en sorte à un moment donné que l'esprit de finesse prenne le dessus sur l'esprit de géométrie. C'est pourtant cet exercice que le professeur de Duve fait sous nos yeux brillamment.

Il condamne sans nuance les églises qui se sont emparées du message de Jésus, mais affirme l'urgence de se replonger dans les paroles de Jésus et de les transposer dans notre vie politique. Je dis bien "vie politique" et non "vie quotidienne", car ceux auxquels il adresse cette ferme recommandation dans les toutes dernières pages de son beau texte, ce sont "les dirigeants de ce monde".

Il met là le doigt sur l'une des difficultés les plus grandes des messages de Jésus: il s'adresse à chacun de nous et non à des États ou autres collectivités. Et pourtant, il est certain que le message de Jésus ne pourra s'accomplir que dans une société qui l'intègre tant au niveau de ses individus que de son organisation sociale et de ses lois. Mais précisément, et c'est mieux ainsi, il n'est pas possible de faire une société gouvernée par la loi de Jésus. Savonarole nous en a donné la triste démonstration à Florence.

Le message de Jésus - que j'appellerai la Parole du Christ par conviction personnelle - ne peut être mieux porté que par une église composée d'hommes et de femmes de bonne volonté et qui se sont voués à l'entretien de cette tradition (du verbe latin 'tradere'-transmettre). Les faiblesses de cette église sont insignes. Elles sont d'autant plus sensibles aujourd'hui que nous sommes libres de nous exprimer et d'exercer ce qui, depuis Descartes, fait la valeur ultime de l'homme: sa capacité d'exercer honnètement son esprit critique.

Je l'ai déjà écrit, le philosophe Jean-Luc Marion offre une extraordinaire réponse au dilemme du scientifique qui voudrait croire sans savoir. Il l'écrit dans son article "Raison et foi, l'une avec l'autre", repris dans l'ouvrage récent Le croire pour le voir (Communio, Paroles et Silence, Paris, 2010). Retournant l'argument commun, il écrit

"l'argument d'autorité se trouve aujourd'hui immanquablement du côté de la 'science', objet d'une foi inébranlable pour ses dévots [ce terme est injuste pour Christian de Duve], tandis que, de l'autre côté, le doute, le sens critique et l'attitude de recherche restent l'apanage (il est vrai parfois involontaire) des "croyants". En fait, comme les meilleurs philosophes des sciences l'ont démontré, il n'est rien de plus fragile que cette opposition".

Et de conclure

"Il ne s'agit plus aujourd'hui de sauver la raison de l'obscurantisme ou de la superstition, mais de la sauver de ses propres dangers ... La raison s'est bornée jusqu'ici à interpréter le monde, donc à le transformer en des objets qu'elle maîtrise. Il serait temps qu'elle commence à le respecter. Respecter le monde signifie voir, donc envisager le visage de l'autre homme [référence à la pensée de Lévinas]. Et cela ne se peut que dans la figure de l'amour... Les chrétiens n'ont rien de mieux à proposer à la rationalité des hommes."

Et c'est là que Christian de Duve rejoint Jean-Luc Marion lorsqu'il écrit:

"il nous faut des guides. Et parmi ceux-ci, Jésus s'impose manifestement par son message, qui ... rejoint l'Ultime Réalité par une facette qui rejoint toutes les autres: l'Amour." (son ouvrage, p. 85, l'italique est de lui).

Christian de Duve identifie l'esprit de compétition et l'affrontement entre les peuples comme un des moteurs remarquables de l'évolution, mais aujourd'hui c'est devenu un vecteur de notre destruction, du fait de notre développement formidable (lire l'opinion "Sommes-nous condamnés par nos gènes?" à propos du livre précédent de Christian de Duve, La Libre Belgique, 19-20 février 2011). Il identifie le message de Jésus comme la solution à cette faille à notre nature évolutive. Ce qu'il dit revient à appeler les hommes à prendre enfin part par leur conscience à la destinée d'un monde meilleur. Le tout est de savoir s'il s'agit d'un appel aux consciences individuelles ou seulement à la conscience des dirigeants de ce monde.

J'identifie personnellement, avant l'amour, le sentiment de responsabilité que nous pouvons avoir l'un à l'égard de l'autre. Je participe à l'organisation d'un colloque au Palais de Justice intitulé "La responsabilité sociétale de l'avocat". Nous y cherchons ce qui pourrait redonner un dynamique positive et enthousiasmante à notre société essoufflée par la course à la conquête d'une puissance toujours plus grande.

*

12.01.2012

Une soeur au blog

http://clairemarie.blog.24heures.ch/

17.11.2011

Enterrement

Je me rendais aujourd'hui à un enterrement, avec une tête de circonstance.

J'avais une tête d'enterrement. Je montais dans le métro et je me disais que dans le métro à Bruxelles, tout le monde a une tête d'enterrement. Mais ce n'est pas vrai. Une femme roumaine jouait de l'accordéon en faisant la quête. Je lui donnai une petite pièce. Ayant vu son sourire, je me suis dit que je lui donnais une trop petite pièce.

A cette messe d'enterrement, je voyais partir mon parrain. Vieux médecin fidèle à son engagement, généreux sans le dire mais en agissant sans cesse et sans bruit pour son prochain.

L'étreinte qui me prenait venait de mon sentiment d'impuissance, ma faiblesse, mon manque de reconnaissance à son égard, mon manque de soutien dans ses derniers moment qui, me dit-on, furent si difficile. La mort fait si peur que ces derniers temps, je me tenais loin de lui, stupidement.

30.10.2011

Cime


Nous allions aujourd'hui au cimetière.

Nous nous étions donnés rendez-vous devant la tombe de mon père.

Il y avait ma mère, ma soeur, mon plus jeune frère et ses enfants.

Ce dimanche se prêtait bien à cette visite: soleil, feuilles mortes, température agréable.

Au cimetière d'Evere, il y a plusieurs emplacements réservés aux militaires. La tombe de mon père se situe en bordure d'un ravissant emplacement où sont enterrés des aviateurs de la Royal Air Force. Il est d'une propreté et d'une beauté remarquables. La végétation y est généreuse. L'herbe rigoureusement coupée, sans mauvaises herbes. Les parterres aux bordures impeccables dont la terre est fraîchement retournée, les plantes encore fleuries.

Y passer rassure. Même si l'ordre militaire y règne, il y règne une paix rassurante.

Un peu plus loin, il y a un emplacement sombre où sont lisibles sur du granit les noms de soldats belges morts pendant la première guerre mondiale. La tristesse de cet emplacement, l'absence de végétation, l'entretien minimal, rend triste.

15.10.2011

Psaume 118

Je lis la traduction Bayard de la Bible, depuis des années.

Je suis au milieu des Psaumes.

Je termine le psaume 118, immense louange à Dieu (lien), immense supplique aussi.

Il y a 150 psaumes. Après eux, j'arrive au livre de Job.