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14.01.2012

Christian de Duve, De Jésus à Jésus ... en passant par Darwin


Remarquable petit ouvrage, d'une grande honnèteté.

Ce qui intrigue, comme souvent à la lecture d'hommes et de femmes entièrement dévoués à leur science, c'est leur grande difficulté à faire en sorte à un moment donné que l'esprit de finesse prenne le dessus sur l'esprit de géométrie. C'est pourtant cet exercice que le professeur de Duve fait sous nos yeux brillamment.

Il condamne sans nuance les églises qui se sont emparées du message de Jésus, mais affirme l'urgence de se replonger dans les paroles de Jésus et de les transposer dans notre vie politique. Je dis bien "vie politique" et non "vie quotidienne", car ceux auxquels il adresse cette ferme recommandation dans les toutes dernières pages de son beau texte, ce sont "les dirigeants de ce monde".

Il met là le doigt sur l'une des difficultés les plus grandes des messages de Jésus: il s'adresse à chacun de nous et non à des États ou autres collectivités. Et pourtant, il est certain que le message de Jésus ne pourra s'accomplir que dans une société qui l'intègre tant au niveau de ses individus que de son organisation sociale et de ses lois. Mais précisément, et c'est mieux ainsi, il n'est pas possible de faire une société gouvernée par la loi de Jésus. Savonarole nous en a donné la triste démonstration à Florence.

Le message de Jésus - que j'appellerai la Parole du Christ par conviction personnelle - ne peut être mieux porté que par une église composée d'hommes et de femmes de bonne volonté et qui se sont voués à l'entretien de cette tradition (du verbe latin 'tradere'-transmettre). Les faiblesses de cette église sont insignes. Elles sont d'autant plus sensibles aujourd'hui que nous sommes libres de nous exprimer et d'exercer ce qui, depuis Descartes, fait la valeur ultime de l'homme: sa capacité d'exercer honnètement son esprit critique.

Je l'ai déjà écrit, le philosophe Jean-Luc Marion offre une extraordinaire réponse au dilemme du scientifique qui voudrait croire sans savoir. Il l'écrit dans son article "Raison et foi, l'une avec l'autre", repris dans l'ouvrage récent Le croire pour le voir (Communio, Paroles et Silence, Paris, 2010). Retournant l'argument commun, il écrit

"l'argument d'autorité se trouve aujourd'hui immanquablement du côté de la 'science', objet d'une foi inébranlable pour ses dévots [ce terme est injuste pour Christian de Duve], tandis que, de l'autre côté, le doute, le sens critique et l'attitude de recherche restent l'apanage (il est vrai parfois involontaire) des "croyants". En fait, comme les meilleurs philosophes des sciences l'ont démontré, il n'est rien de plus fragile que cette opposition".

Et de conclure

"Il ne s'agit plus aujourd'hui de sauver la raison de l'obscurantisme ou de la superstition, mais de la sauver de ses propres dangers ... La raison s'est bornée jusqu'ici à interpréter le monde, donc à le transformer en des objets qu'elle maîtrise. Il serait temps qu'elle commence à le respecter. Respecter le monde signifie voir, donc envisager le visage de l'autre homme [référence à la pensée de Lévinas]. Et cela ne se peut que dans la figure de l'amour... Les chrétiens n'ont rien de mieux à proposer à la rationalité des hommes."

Et c'est là que Christian de Duve rejoint Jean-Luc Marion lorsqu'il écrit:

"il nous faut des guides. Et parmi ceux-ci, Jésus s'impose manifestement par son message, qui ... rejoint l'Ultime Réalité par une facette qui rejoint toutes les autres: l'Amour." (son ouvrage, p. 85, l'italique est de lui).

Christian de Duve identifie l'esprit de compétition et l'affrontement entre les peuples comme un des moteurs remarquables de l'évolution, mais aujourd'hui c'est devenu un vecteur de notre destruction, du fait de notre développement formidable (lire l'opinion "Sommes-nous condamnés par nos gènes?" à propos du livre précédent de Christian de Duve, La Libre Belgique, 19-20 février 2011). Il identifie le message de Jésus comme la solution à cette faille à notre nature évolutive. Ce qu'il dit revient à appeler les hommes à prendre enfin part par leur conscience à la destinée d'un monde meilleur. Le tout est de savoir s'il s'agit d'un appel aux consciences individuelles ou seulement à la conscience des dirigeants de ce monde.

J'identifie personnellement, avant l'amour, le sentiment de responsabilité que nous pouvons avoir l'un à l'égard de l'autre. Je participe à l'organisation d'un colloque au Palais de Justice intitulé "La responsabilité sociétale de l'avocat". Nous y cherchons ce qui pourrait redonner un dynamique positive et enthousiasmante à notre société essoufflée par la course à la conquête d'une puissance toujours plus grande.

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12.01.2012

Une soeur au blog

http://clairemarie.blog.24heures.ch/

17.11.2011

Enterrement

Je me rendais aujourd'hui à un enterrement, avec une tête de circonstance.

J'avais une tête d'enterrement. Je montais dans le métro et je me disais que dans le métro à Bruxelles, tout le monde a une tête d'enterrement. Mais ce n'est pas vrai. Une femme roumaine jouait de l'accordéon en faisant la quête. Je lui donnai une petite pièce. Ayant vu son sourire, je me suis dit que je lui donnais une trop petite pièce.

A cette messe d'enterrement, je voyais partir mon parrain. Vieux médecin fidèle à son engagement, généreux sans le dire mais en agissant sans cesse et sans bruit pour son prochain.

L'étreinte qui me prenait venait de mon sentiment d'impuissance, ma faiblesse, mon manque de reconnaissance à son égard, mon manque de soutien dans ses derniers moment qui, me dit-on, furent si difficile. La mort fait si peur que ces derniers temps, je me tenais loin de lui, stupidement.

30.10.2011

Cime


Nous allions aujourd'hui au cimetière.

Nous nous étions donnés rendez-vous devant la tombe de mon père.

Il y avait ma mère, ma soeur, mon plus jeune frère et ses enfants.

Ce dimanche se prêtait bien à cette visite: soleil, feuilles mortes, température agréable.

Au cimetière d'Evere, il y a plusieurs emplacements réservés aux militaires. La tombe de mon père se situe en bordure d'un ravissant emplacement où sont enterrés des aviateurs de la Royal Air Force. Il est d'une propreté et d'une beauté remarquables. La végétation y est généreuse. L'herbe rigoureusement coupée, sans mauvaises herbes. Les parterres aux bordures impeccables dont la terre est fraîchement retournée, les plantes encore fleuries.

Y passer rassure. Même si l'ordre militaire y règne, il y règne une paix rassurante.

Un peu plus loin, il y a un emplacement sombre où sont lisibles sur du granit les noms de soldats belges morts pendant la première guerre mondiale. La tristesse de cet emplacement, l'absence de végétation, l'entretien minimal, rend triste.

15.10.2011

Psaume 118

Je lis la traduction Bayard de la Bible, depuis des années.

Je suis au milieu des Psaumes.

Je termine le psaume 118, immense louange à Dieu (lien), immense supplique aussi.

Il y a 150 psaumes. Après eux, j'arrive au livre de Job.

 

03.10.2011

à qui le dire

Quand j'ai tout trahi, que ma parole a blessé à mort celui ou celle que j'aime. Quand je vois le ciel s'assombrir et l'espoir fuir. Quand la violence autour de moi me fait dire "sauve-toi! abandonne tout!"

Alors, alors oui, il est temps que je me tourne vers Dieu et que je le prie enfin, humblement. Il est temps que je m'agenouille devant lui comme devant un foyer au coeur duquel, encore, un feu attend d'être ranimé.

Il n'y a qu'à Dieu que je peux le dire: "aime-moi! je t'en prie Dieu, aime-moi!".

Ce n'est que mon épuisement qui me fait proférer cette prière. Que mon épuisement, je suis indigne et prétentieux. Je le sais trop bien. Je suis aveugle et écrasé, pécheur et vaniteux.

15.09.2011

le beau Jean-Sébastien Bach

Le plus beau morceau de musique que j'aie entendu à ce jour, peut-être pas la plus belle interprétation, les paroles sont les suivantes:

Aie pitié de moi, mon Dieu, au nom de mes larmes ("Erbarme dich, mein Gott"). Mon coeur et mes yeux pleurent amèrement devant toi. Aie pitié de moi, mon Dieu, au nom de mes larmes  


Une extraordinaire mise en image des différentes voix qui apparaissent dans ce sommet de la musique d'orgue. Ce dessin de traits est extraordinairement éclairant sur les entrecroisement de voix différentes et de mélodies qui laisse voir le génie sublime de Jean-Sébastien Bach.

Les suites pour violoncelle de JS Bach sont des pièces incomparables pour la méditation et le recueillement. Je me demande ce qui a appelé ces airs doucement tristes et appelant à l'aide du Très Haut pour garder l'élan de la Vie qui nous est donnée. 

08.09.2011

Patience pour l'homme

Des qui nous sauvent, nos curés, sont de moins en moins nombreux.

Leur activité reste admirable. La patience, l'humilité, l'espérance à l'oeuvre sous nos yeux.

Lisez ce reportage sur un blog français d'un curé du Pas-de-Calais. ici